01
0233v
dernière entrevue, il n'y a d'autre adieu à celui qui n'est plus
03qu'une prière. Devant un mort, il n'y a pas d'autre
04attitude que l'agenouillement
05et par les portes entr'ouvertes, arrivait en le silence de la chambre,
06de là bas, des bruits de paroles, et le remue-ménage, de
07la vie coutumière qui continue pour d'autres harcelante et
08implacable
09...Il avait désiré, des années déjà, revoir la mer avant de
10mourir... et comme il faut que la Mort trompe et
11emporte toujours quelque
vœu irréalisé – il est mort sans
12l'avoir revue.
13Samedi : au père Lachaize34 – par une pluie battante – pour ne pas nous
14astreindre à la marche lente du cortège, nous le laissons passer
15
Vieléi et moi – et, peu après nous prenons un fiacre qui le rejoint
16do sur la pente raide de la rue de la Roquette35. Il y a 2 corbillards
17qui se suivent – avec plus ou moins de fleurs et le même appareil
18Les cochers, aux bottes près, avec leur bicorne goudronnés ont des aires
19d'amiraux qu'ils partagent avec les suisses des églises
20Je regardais les croque-mort – tous se ressemblent à s'y méprend
21on sent bien qu'on est là en présence d'une institution éternelle
22comme l'armée, la magistrature ou la gendarmerie –
23on sent
qu'ils remplissent une fonction presque publique
24et rétribuée, et qu'avec leurs airs inflexibles et indifférents
33v
dernière entrevue, il n'y a d'autre adieu à celui qui n'est plus,
qu'une prière. Devant un mort, il n'y a pas d'autre attitude que l'agenouillement.
Et par les portes entr'ouvertes, arrivait en le silence de la chambre, de là-bas, des bruits de paroles, et le remue-ménage, de la vie coutumière qui continue pour d'autres, harcelante et implacable.
...Il avait désiré, des années déjà, revoir la mer avant de mourir... et comme il faut que la Mort trompe et emporte toujours quelque vœu irréalisé – il est mort sans l'avoir revue.
Samedi : au Père-Lachaise34, par une pluie battante. Pour ne pas nous astreindre à la marche lente du cortège, nous le laissons passer Vieléi et moi – et, peu après, nous prenons un fiacre qui le rejoint sur la pente raide de la rue de la Roquette35. Il y a deux corbillards qui se suivent – avec plus ou moins de fleurs et le même appareil. Les cochers, aux bottes près, avec leurs bicornes goudronnés, ont des airs d'amiraux qu'ils partagent avec les suisses des églises.
Je regardais les croque-morts – tous se ressemblent à s'y méprendre ; on sent bien qu'on est là en présence d'une institution éternelle comme l'armée, la magistrature ou la gendarmerie – on sent qu'ils remplissent une fonction presque publique et rétribuée, et qu'avec leurs airs inflexibles et indifférents,
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0233v
dernière entrevue, il n'y a d'autre adieu à celui qui n'est plus
03qu'une prière. Devant un mort, il n'y a pas d'autre
04attitude que l'agenouillement
05et par les portes entr'ouvertes, arrivait en le silence de la chambre,
06de là bas, des bruits de paroles, et le remue-ménage, de
07la vie coutumière qui continue pour d'autres harcelante et
08implacable
09...Il avait désiré, des années déjà, revoir la mer avant de
10mourir... et comme il faut que la Mort trompe et
11emporte toujours quelque
vœu irréalisé – il est mort sans
12l'avoir revue.
13Samedi : au père Lachaize34 – par une pluie battante – pour ne pas nous
14astreindre à la marche lente du cortège, nous le laissons passer
15
Vieléi et moi – et, peu après nous prenons un fiacre qui le rejoint
16do sur la pente raide de la rue de la Roquette35. Il y a 2 corbillards
17qui se suivent – avec plus ou moins de fleurs et le même appareil
18Les cochers, aux bottes près, avec leur bicorne goudronnés ont des aires
19d'amiraux qu'ils partagent avec les suisses des églises
20Je regardais les croque-mort – tous se ressemblent à s'y méprend
21on sent bien qu'on est là en présence d'une institution éternelle
22comme l'armée, la magistrature ou la gendarmerie –
23on sent
qu'ils remplissent une fonction presque publique
24et rétribuée, et qu'avec leurs airs inflexibles et indifférents
33v
dernière entrevue, il n'y a d'autre adieu à celui qui n'est plus,
qu'une prière. Devant un mort, il n'y a pas d'autre attitude que l'agenouillement.
Et par les portes entr'ouvertes, arrivait en le silence de la chambre, de là-bas, des bruits de paroles, et le remue-ménage, de la vie coutumière qui continue pour d'autres, harcelante et implacable.
...Il avait désiré, des années déjà, revoir la mer avant de mourir... et comme il faut que la Mort trompe et emporte toujours quelque vœu irréalisé – il est mort sans l'avoir revue.
Samedi : au Père-Lachaise34, par une pluie battante. Pour ne pas nous astreindre à la marche lente du cortège, nous le laissons passer Vieléi et moi – et, peu après, nous prenons un fiacre qui le rejoint sur la pente raide de la rue de la Roquette35. Il y a deux corbillards qui se suivent – avec plus ou moins de fleurs et le même appareil. Les cochers, aux bottes près, avec leurs bicornes goudronnés, ont des airs d'amiraux qu'ils partagent avec les suisses des églises.
Je regardais les croque-morts – tous se ressemblent à s'y méprendre ; on sent bien qu'on est là en présence d'une institution éternelle comme l'armée, la magistrature ou la gendarmerie – on sent qu'ils remplissent une fonction presque publique et rétribuée, et qu'avec leurs airs inflexibles et indifférents,
Édition numérique des Cahiers d’Henri de Régnier